Prise de position de la CES concernant l’interdiction des « mesures de conversion »

Le Parlement suisse débat actuellement d’une interdiction nationale des « mesures de conversion ». Celles-ci désignent des offres, programmes ou interventions visant à modifier ou à réprimer l’orientation sexuelle, l’identité de genre ou l’expression de genre.

Principes : dignité, protection et non-discrimination

Selon la conception chrétienne de l’être humain, le respect de l’intégrité personnelle, en tant qu’image de Dieu, constitue un droit. Tous les êtres humains doivent dès lors être protégés contre la violence, la pression et les abus. Toute personne qui s’adresse à des accompagnateurs spirituels, à des centres de consultation ou à des structures thérapeutiques pour des questions liées à son identité ou à son mode de vie a droit au respect, à la confidentialité et à la liberté.

Peu après son élection, le pape Léon XIV a rappelé que la mission de l’Église est « d’offrir à tous l’amour de Dieu » et de promouvoir une unité qui ne gomme pas les différences, mais respecte l’histoire de chacun (homélie, 18 mai 2025).

Position de la CES

Du point de vue de la Conférence des évêques suisses (CES), toute mesure de conversion correspond à une influence intentionnelle et ciblée visant à amener une personne à modifier ou à réprimer son orientation sexuelle ou son identité de genre. Cela peut se manifester, par exemple, par la pression, les reproches, les menaces, l’isolement, la dévalorisation ou l’instrumentalisation d’une peur religieuse.

Ne relèvent pas de cette catégorie les entretiens ainsi que l’accompagnement ouverts et respectueux, dans lesquels les personnes réfléchissent à leur situation personnelle et prennent leurs décisions en toute liberté. L’accompagnement pastoral est légitime lorsqu’il préserve la dignité et la liberté de la personne, protège son intégrité personnelle et s’abstient de toute influence indue.

La CES rejette catégoriquement les mesures de conversion. Elles sont incompatibles avec une mission pastorale fondée sur l’acceptation, l’authenticité et la protection de la personne. Dans un contexte religieux, de telles pratiques peuvent constituer un abus spirituel lorsque des personnes sont humiliées, menacées ou manipulées au nom de Dieu.

La CES soutient donc l’objectif d’une réglementation uniforme à l’échelle nationale, tel qu’esquissé dans la motion 22.3889 : l’offre, la médiation et la promotion de mesures de conversion doivent être interdites et sanctionnées, afin de protéger tout particulièrement les mineurs et les personnes vulnérables.

Trois points sont essentiels pour leur mise en œuvre : premièrement, il faut une définition claire et précise qui englobe les pratiques de « reconversion » ciblées. Deuxièmement, une délimitation rigoureuse est nécessaire afin que l’accompagnement spirituel, le conseil et la psychothérapie professionnelle — dont l’issue demeure ouverte — ne soient pas criminalisés. Troisièmement, les personnes concernées doivent pouvoir accéder facilement à un soutien, à des conseils et à des voies de recours.

Messages clés

  • La CES rejette toute forme de mesures de conversion. Les pratiques visant à modifier ou à réprimer l’orientation sexuelle, l’identité de genre ou l’expression de genre sont contraires à la dignité de la personne en tant qu’image de Dieu et peuvent causer des dommages considérables. 
  • La CES préconise une réglementation juridique au niveau suisse qui protège efficacement, en particulier, les mineurs et les personnes vulnérables, et qui ait un effet préventif. 
  • Une interdiction doit être conçue de manière à ne pas concerner le conseil et l’accompagnement pastoral ouverts et respectueux, ni l’accompagnement psychothérapeutique professionnel. 
  • L’accompagnement pastoral ne doit jamais exercer de pression ni humilier les personnes. Les mesures de conversion dans un contexte religieux peuvent constituer un abus spirituel et sont incompatibles avec l’accompagnement pastoral catholique.