Journée du Judaïsme 2025

Comme chaque année, l’Eglise catholique romaine de Suisse invite à la « Journée du judaïsme » le deuxième dimanche de Carême. Elle vise à renforcer les liens avec le peuple juif et à rappeler combien la foi chrétienne est profondément liée au judaïsme. La liturgie, avec ses lectures sur Abraham, sur l’espoir de la Résurrection et sur Jésus qui dialogue avec Moïse et Elie, représente une occasion unique d’introspection et de conversion (Gn 15,5-12.17-18 ; Ph 3,17-4,1 ; Lc 9, 28b-36)

Cette année encore, les relations judéo-chrétiennes sont assombries par la guerre et ses conséquences au Proche-Orient. Elle a été déclenchée par le massacre du Hamas dans l’État d’Israël le 7 octobre 2023 et a déjà fait beaucoup trop de victimes civiles. A cela s’ajoute l’antisémitisme ouvert qui sévit depuis lors dans le monde entier, y compris en Suisse. La Conférence des évêques suisses (CES) ainsi que la Fédération suisse des communautés israélites (FSCI) condamnent le terrorisme. Ils demandent aux belligérants de respecter le droit international humanitaire. Le devoir des juifs et des chrétiens est d’atténuer la souffrance sur place, d’apporter une aide médiatrice et de soutenir une vie en sécurité. Ici, en Suisse, il s’agit de lutter contre l’antisémitisme sous toutes ses formes. Il s’agit en outre de contribuer à une meilleure compréhension des relations complexes qui ont un arrière-plan historique, social, culturel et religieux. Les pensées simplistes en noir et blanc et les images de l’ennemi dans les têtes pèsent encore plus sur la situation. Pour les personnes religieuses en particulier, la tâche consiste à apprendre à comprendre ce qui se passe à un niveau plus profond. Elles se demandent également ce que Dieu veut dire à tous les hommes à travers cette crise et comment ils doivent réagir. C’est pourquoi, lors de la « Journée du judaïsme » comme pendant le reste du Carême, des manifestations de toutes sortes doivent être organisées pour aborder la situation actuelle. Il s’agit de poser des signes qui ouvrent l’avenir.

2025 représente une année particulière de commémoration pour les relations judéo-chrétiennes. Au-delà de la « Journée du judaïsme », ce sera l’occasion d’entretenir le dialogue judéo-chrétien :

  • Le 27 janvier marquera le 80e anniversaire de la libération d’Auschwitz. La Journée internationale de commémoration des victimes de la Shoah appelle à la repentance. Cela implique de s’engager résolument contre le racisme, pour le droit des minorités et pour la dignité de chaque être humain. « Plus jamais ça ! » est un appel au droit et à la justice pour tous les êtres humains, indépendamment de leur nation, de leur religion ou de leur sexe. Pour les chrétiens qui ont méprisé et persécuté les juifs pendant de nombreux siècles, il s’agit de comprendre que l’antisémitisme est un péché contre Dieu.
  • Le 19 juin, il y a 1700 ans, les Églises d’Orient et d’Occident formulaient au Concile de Nicée la noyau de la confession de foi qui unit encore aujourd’hui les chrétiens, toutes confessions confondues. La formulation selon laquelle Jésus-Christ est « une seule chose » avec Dieu et que Dieu s’est fait homme en Lui sépare les juifs et les chrétiens. Mais surtout, Nicée s’est aussi délibérément opposée au judaïsme : la date de Pâques a été détachée de la Pâque juive, afin de n’avoir rien en commun avec elle. De plus, le credo passe sous silence la vocation d’Israël. L’Eglise se substitue plutôt à la synagogue dans l’histoire du salut.

Depuis le Concile Vatican II, l’Église a changé de point de vue : la substitution a été remplacée par la reconnaissance d’une double élection. L’Église et la synagogue sont chacune les héritières spirituelles légitimes de la Bible et ont chacune reçu une vocation de Dieu. Toutes deux ont développé jusqu’à aujourd’hui une riche tradition spirituelle. Il s’agit de découvrir leurs trésors et de les intégrer aujourd’hui dans la vie sociale. Cette compréhension renouvelée, encouragée en particulier par Jean-Paul II, a été formulée en 2015 dans le document du Vatican « Les dons et l’appel de Dieu sont irrévocables (Rm 11,29) », doit être encore plus largement ancrée dans l’Église :

http://www.christianunity.va/content/unitacristiani/fr/commissione-per-i-rapporti-religiosi-con-l-ebraismo/commissione-per-i-rapporti-religiosi-con-l-ebraismo-crre/documenti-della-commissione/fr.html

  • Il y a 60 ans, le 28 octobre 1965, le Concile Vatican II promulguait Nostra aetate. Le point central de cette déclaration sur les religions est le numéro 4. L’Église y décrit comment elle s’enracine dans le judaïsme. Le fait que Jésus, Marie et les disciples étaient tous juifs est aujourd’hui un lieu commun. Mais il faut encore épeler ce que cela signifie pour le christianisme aujourd’hui. Cette relation particulière devient très concrète pour les chrétiens lorsqu’ils comprennent que le Dieu de Jésus parle aussi à travers l’Ancien Testament et que le Nouveau Testament est un recueil d’écrits juifs messianiques qui interprètent la vie et la mort de Jésus dans la foi au Dieu d’Israël. La relation avec le judaïsme n’est pas un thème secondaire de la foi, mais marque tous les domaines de la vie chrétienne.

La Commission de dialogue judéo/catholique romaine (CDJC) de la CES et de la FSCI a créé dès 2012 un guide pour la « Journée du judaïsme ». Il est disponible, avec le texte d’impulsion annuel, sur www.eveques.ch. Sur le site de l’Institut liturgique de Suisse alémanique www.liturgie.ch, des intercessions sont également formulées chaque année pour la célébration durant la semaine précédant le 2e dimanche de Carême.

La CDJC veut également encourager l’organisation de manifestations communes. En Suisse comme dans tous les pays du monde, les juifs et les juives font partie de la culture et de la société. La situation en Terre Sainte ne laisse pas non plus les chrétiens et les chrétiennes indifférents. Tous sont appelés à s’engager partout et à tout moment, épaule contre épaule, pour le rétablissement d’un monde plus juste. La « Journée du judaïsme » veut être un signe modeste pour oser l’avenir ensemble aussi.

Pour la Commission de dialogue judéo/catholique romaine (CDJC), Prof. Christian M. Rutishauser SJ

Commission de dialogue judéo-catholique romaine (CDJC) : une contribution à la « Journée du judaïsme » du deuxième dimanche de Carême, 16 mars 2025