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SBK-CES-CVS Conférence des évêques suisses | 25.05.2020

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Saint-Père Saint-Père | 05.03.2020

Message du Pape François à l'occasion des XXXVèmes journées mondiales de la jeunesse 2020

« Jeune homme, je te le dis, Lève-toi ! » (Lc 7, 14)

Chers jeunes,

En octobre 2018, avec le Synode des Evêques sur le thème les Jeunes, la foi et le discernement vocationnel, l’Eglise a entrepris un processus de réflexion sur votre condition dans le monde d’aujourd’hui, sur votre recherche d’un sens et d’un projet dans la vie, sur votre relation avec Dieu.

En janvier 2019 j’ai rencontré des centaines de milliers de jeunes de vos âges du monde entier, rassemblés à Panama pour les Journées Mondiales de la Jeunesse. Des événements de ce type - Synode et JMJ – expriment une dimension essentielle de l’Eglise : le fait de “marcher ensemble”.

Sur ce chemin, chaque fois que nous rejoignons une pierre milliaire importante, nous sommes mis au défi par Dieu et par la vie elle-même à repartir. En cela vous êtes des experts, vous les jeunes ! Vous aimez voyager, vous confronter à des lieux et à des visages jamais vus avant, vivre des expériences nouvelles. C’est pourquoi j’ai choisi comme but de votre prochain pèlerinage intercontinental, en 2022, la ville de Lisbonne, capitale du Portugal. De là, au XVème et au XVIème siècles, beaucoup de jeunes, parmi lesquels beaucoup de missionnaires, sont partis vers des terres inconnues, aussi pour partager leur expérience de Jésus avec d’autres peuples et nations. Le thème des JMJ de Lisbonne sera : « Marie se leva, et s’en alla en hâte » (Lc 1, 39). Pendant les deux années précédentes, j’ai pensé réfléchir avec vous sur deux autres textes bibliques : « Jeune homme, je te le dis, lève-toi ! » (cf.  Lc 7, 14), en 2020, et « Lève-toi car je t’établis témoin des choses que tu as vues ! » (cf. Ac 26, 16), en 2021.

Comme vous pouvez le constater, le verbe commun aux trois thèmes est se lever. Cette expression a aussi le sens de ressusciter, se réveiller à la vie. C’est un verbe fréquent dans l’Exhortation Christus vivit (Le Christ vit !) que je vous ai dédiée après le synode de 2018 et que, avec le Document final, l’Eglise vous offre comme un phare pour éclairer les sentiers de votre existence. J’espère de tout cœur que le chemin qui nous conduira à Lisbonne correspondra, dans toute l’Eglise, à un fort engagement pour la mise en œuvre de ces deux documents, en orientant la mission des animateurs de la pastorale des jeunes.

Passons maintenant à notre thème de cette année : Jeune homme, je te le dis, lève-toi ! (cf. Lc 7, 14). J’ai déjà cité ce verset de l’Evangile dans Christus vivit : « Si tu as perdu la vigueur intérieure, les rêves, l’enthousiasme, l’espérance et la générosité, Jésus se présente à toi comme il l’a fait pour l’enfant mort de la veuve, et avec toute sa puissance de Ressuscité le Seigneur t’exhorte : “Jeune homme, je te le dis, lève-toi”» (n. 20).

Ce passage nous raconte comment Jésus, en entrant dans la petite ville de Naïm, en Galilée, rencontre un convoi funèbre qui accompagne à la sépulture un jeune, fils unique d’une mère veuve. Jésus, touché par la douleur déchirante de cette femme, accomplit le miracle de ressusciter son enfant. Mais le miracle a lieu après une suite d’attitudes et de gestes : « Voyant celle-ci, le Seigneur fut saisi de compassion pour elle et lui dit : “Ne pleure pas”. Il s’approcha et toucha le cercueil ; les porteurs s’arrêtèrent » (Lc 7, 13-14). Arrêtons-nous pour méditer sur certains de ces gestes et paroles du Seigneur.

Voir la souffrance et la mort

Jésus pose sur ce convoi funèbre un regard attentif et non pas distrait. Au milieu de la foule il aperçoit le visage d’une femme en extrême souffrance. Son regard crée la rencontre, source de vie nouvelle. Il n’y a pas besoin de beaucoup de paroles.

Et mon regard, comment est-il ? Est-ce que je regarde avec des yeux attentifs, ou bien à la manière dont je feuillette rapidement les milliers de photos de mon téléphone portable ou de profils sociaux ? Combien de fois aujourd’hui il nous arrive d’être les témoins oculaires de beaucoup d’événements, sans pour autant jamais les vivre en prise directe ! Parfois notre première réaction est de prendre la scène avec le téléphone, peut-être en négligeant de regarder les personnes concernées dans les yeux.

Autour de nous, mais aussi parfois en nous, nous rencontrons des réalités de mort : physique, spirituelle, émotive, sociale. Est-ce que nous nous en apercevons ou simplement en subissons-nous les conséquences ? Y-a-t-il quelque chose que nous pouvons faire pour redonner la vie ?

Je pense à tant de situations négatives vécues par vos congénères. Il y en a, par exemple, qui misent tout dans l’aujourd’hui, mettant en péril leur vie par des expériences extrêmes.

D’autres jeunes, au contraire, sont “morts” parce qu’ils ont perdu l’espérance. J’ai entendu d’une jeune fille : « Parmi mes amis j’en vois qui ont perdu l’impulsion de s’impliquer, le courage de se lever ». Malheureusement, parmi les jeunes également se répand la dépression qui, dans certains cas, peut conduire jusqu’à la tentation de s’ôter la vie. Combien de situations où règne l’apathie, où l’on se perd dans l’abîme des angoisses et des remords ! Combien de jeunes pleurent sans que personne n’écoute le cri de leur âme ! Autour d’eux, très souvent, des regards distraits, indifférents de la part de ceux qui, peut-être, profitent d’un happy hour en se tenant à distance.

Il y en a qui vivotent dans la superficialité, se croyant vivants alors qu’ils sont morts intérieurement (cf. Ap 3,1). On peut se retrouver à vingt ans à traîner une vie vers le bas, pas à la hauteur de sa dignité. Tout se réduit à un “ laisser vivre” en cherchant quelque gratification : un peu de divertissement, quelques miettes d’attention et d’affection de la part des autres… Il y a aussi un narcissisme numérique diffus qui influence tant les jeunes que les adultes. Beaucoup vivent ainsi ! Certains d’entre eux ont peut-être respiré le matérialisme de ceux qui pensent seulement à gagner de l’argent et à s’installer, comme si c’était les seuls buts de la vie. A la longue, un sourd mal-être apparaît inévitablement, une apathie, un ennui de vivre, de plus en plus angoissant.

Les attitudes négatives peuvent être provoquées aussi par des échecs personnels, lorsque quelque chose qui tenait à cœur, pour laquelle on s’était engagé, ne va plus ou n’atteint pas les résultats espérés. Cela peut arriver dans le domaine scolaire, ou avec les ambitions sportives, artistiques… La fin d’un “rêve” peut faire sentir qu’on est mort. Mais les échecs font partie de la vie de tout être humain, mais peuvent aussi parfois se révéler être une grâce ! Souvent, une chose que nous pensions être heureuse se révèle une illusion, une idole. Les idoles exigent tout de nous en nous rendant esclaves, mais elles ne donnent rien en échange. Et, à la fin, elles s’effondrent, laissant seulement poussière et fumée. En ce sens, les échecs, s’ils font crouler les idoles, sont un bien, même s’ils font souffrir.

On pourrait continuer avec d’autres situations de mort, physique ou morale, dans lesquelles un jeune peut se trouver, comme les dépendances, le crime, la misère, une maladie grave… Mais je vous laisse le soin de réfléchir personnellement et de prendre conscience de ce qui a causé de la “mort”, en vous ou chez l’un de vos proches, actuellement ou par le passé. En même temps, rappelez-vous que ce garçon de l’Evangile, qui était vraiment mort, est revenu à la vie parce qu’il a été regardé par Quelqu’un qui voulait qu’il vive. Cela peut arriver encore aujourd’hui, et tous les jours.

Avoir pitié

Les Saintes Ecritures rapportent souvent l’état d’âme de celui qui se laisse toucher “jusqu’aux entrailles” par la souffrance d’autrui. L’émotion de Jésus le fait participer à la réalité de l’autre. Il prend sur lui la misère de l’autre. La souffrance de cette mère devient sa souffrance. La mort de cet enfant devient sa mort.

En beaucoup d’occasions vous, les jeunes, vous montrez que vous savez  com-patir. Il suffit de voir combien d’entre vous se donnent avec générosité lorsque les circonstances le demandent. Il n’y a pas d’accident, de tremblement de terre, d’inondation, qui ne voie pas une armée de jeunes volontaires se rendre disponibles pour aider. Egalement la grande mobilisation des jeunes qui veulent défendre la création témoigne de votre capacité à entendre le cri de la terre.

Chers jeunes, ne vous laissez pas voler cette sensibilité ! Puissiez-vous toujours écouter la plainte de ceux qui souffrent ; vous laisser émouvoir par ceux qui pleurent et meurent dans le monde d’aujourd’hui. « Certaines réalités de la vie se voient seulement avec des yeux lavés par les larmes » ( Christus vivit, n. 76). Si vous savez pleurer avec ceux qui pleurent, vous serez vraiment heureux. Beaucoup de vos congénères n’ont pas de possibilités, subissent des violences, des persécutions. Que leurs blessures deviennent les vôtres, et vous serez porteurs d’espérance en ce monde. Vous pourrez dire au frère, à la sœur : « Lève-toi, tu n’es pas seul », et faire faire l’expérience que Dieu le Père nous aime et que Jésus est sa main tendue pour nous relever.

S’approcher et “toucher”

Jésus arrête le convoi funèbre. Il s’approche, il se fait proche. La proximité nous pousse en avant et devient un geste courageux pour que l’autre vive. Geste prophétique. C’est le contact de Jésus, le Vivant, qui communique la vie. Un contact qui infuse l’Esprit Saint dans le corps mort du garçon et ranime ses fonctions vitales.

Ce contact pénètre dans la réalité du découragement et du désespoir. C’est le contact du Divin qui passe aussi à travers l’authentique amour humain et ouvre des espaces impensables de liberté, de dignité, d’espérance, de vie nouvelle et pleine. L’efficacité de ce geste de Jésus est incalculable. Il nous rappelle que même un signe de proximité, simple mais concret, peut susciter des forces de résurrection.

Oui, vous aussi, les jeunes, vous pouvez vous approcher des réalités de souffrance et de mort que vous rencontrez, vous pouvez les toucher et engendrer la vie comme Jésus. Cela est possible grâce à l’Esprit Saint, si vous avez été en premier touchés par son amour, si votre cœur est attendri par l’expérience de sa bonté envers vous. Alors, si vous sentez en vous la bouleversante tendresse de Dieu pour toute créature vivante, spécialement pour le frère affamé, assoiffé, malade, nu, prisonnier, alors vous pourrez vous approcher comme lui, toucher comme lui, et transmettre sa vie à vos amis qui sont morts intérieurement, qui souffrent ou qui ont perdu la foi et l’espérance.

« Jeune homme, je te le dis, Lève-toi ! »

L’Evangile ne dit pas le nom de ce garçon ressuscité par Jésus à Naïm. C’est une invitation au lecteur à s’identifier à lui. Jésus parle à toi, à moi, à chacun de nous, et il dit : « Lève-toi ! ». Nous savons bien que nous aussi, les chrétiens, nous tombons et que nous devons toujours nous relever. C’est seulement celui qui ne marche pas qui ne tombe pas, mais il n’avance pas non plus. C’est pourquoi il faut accueillir l’action du Christ et faire un acte de foi en Dieu. Le premier pas est d’accepter de se relever. La vie nouvelle qu’il nous donnera sera bonne et digne d’être vécue, parce qu’elle sera soutenue par Quelqu’un qui nous accompagnera aussi à l’avenir sans jamais nous abandonner, en nous aidant à dépenser notre existence de manière digne et féconde.

C’est réellement une nouvelle création, une nouvelle naissance. Ce n’est pas un conditionnement psychologique. Probablement, dans les moments difficiles, beaucoup d’entre vous avez entendu répéter les paroles “magiques” qui sont à la mode aujourd’hui et qui devraient tout résoudre : “Tu dois croire en toi-même”, “Tu dois trouver les ressources en toi”, “Tu dois prendre conscience de ton énergie positive”… Mais ce sont toutes de simples mots et pour celui qui est vraiment “mort intérieurement” ça ne marche pas. La parole du Christ est d’une autre profondeur, elle est infiniment supérieure. Elle est une parole divine et créatrice, qui, seule, peut redonner la vie là où elle s’était éteinte.

La vie nouvelle “de ressuscité”

Le jeune, dit l’Evangile, « se mit à parler » (Lc 7, 15). La première réaction d’une personne qui a été touchée et rendue à la vie par le Christ est de s’exprimer, de manifester sans peur et sans complexes ce qui l’habite, sa personnalité, ses désirs, ses besoins, ses rêves. Peut-être ne l’avait-elle jamais fait auparavant, convaincue que personne ne pouvait la comprendre !

Parler signifie aussi entrer en relation avec les autres. Lorsqu’on est “mort” on se referme en soi, les relations s’interrompent ou deviennent superficielles, fausses, hypocrites. Lorsque Jésus nous redonne vie, il nous “rend” aux autres (cf. v. 15).

Souvent, aujourd’hui, il y a “connexion” mais pas de communication. L’utilisation des dispositifs électroniques, si elle n’est pas équilibrée, peut nous rendre toujours rivés à un écran. Avec ce message je voudrais aussi lancer, avec vous les jeunes, le défi d’un tournant culturel à partir de ce « Lève-toi ! » de Jésus. Dans une culture qui veut des jeunes isolés et repliés sur des mondes virtuels, faisons circuler cette parole de Jésus : « Lève-toi ! ». C’est une invitation à s’ouvrir à une réalité qui va bien au-delà du virtuel. Cela ne veut pas dire mépriser la technologie, mais l’utiliser comme un moyen et non comme une fin. « Lève-toi » signifie aussi “rêve”, “risque”, “engage-toi pour changer le monde”, ranime tes désirs, contemple le ciel, les étoiles, le monde autour de toi. « Lève-toi et deviens ce que tu es ! ». Grâce à ce message, beaucoup de visages éteints de jeunes autour de nous s’animeront et deviendront beaucoup plus beaux que n’importe quelle réalité virtuelle.

Car si tu donnes ta vie, quelqu’un l’accueille. Une jeune a dit “Tu te lèves du divan si tu vois une belle chose et si tu décides de la faire toi aussi”. Ce qui est beau éveille de la passion. Et si un jeune se passionne pour quelque chose, ou mieux, pour Quelqu’un, il se lève enfin et commence à faire de grandes choses ; de mort qu’il était, il peut devenir témoin du Christ et donner sa vie pour lui.

Chers jeunes, quelles sont vos passions et vos rêves ? Fêtes les apparaître, et à travers eux proposez au monde, à l’Eglise, aux autres jeunes, quelque chose de beau dans le domaine spirituel, artistique social. Je vous le répète dans ma langue maternelle : hagan lìo ! Faites-vous entendre. J’ai entendu un autre jeune dire : “Si Jésus avait été quelqu’un qui faisait ses affaires, le fils de la veuve ne serait pas ressuscité”.

La résurrection du garçon le rend à sa mère. En cette mère nous pouvons voir Marie, notre Mère à laquelle nous confions tous les jeunes du monde. En elle, nous pouvons reconnaître aussi l’Eglise qui veut accueillir avec tendresse chaque jeune, personne n’est exclu. Prions donc Marie pour l’Eglise, pour qu’elle soit toujours mère de ses enfants qui sont dans la mort, pleurant et invoquant leur renaissance. Pour chacun de ses enfants qui meurt, l’Eglise meurt aussi, et pour chaque enfant qui ressuscite, elle aussi ressuscite.

Je bénis votre route. Et vous, s’il vous plait, n’oubliez pas de prier pour moi.

Donné à Rome, près de Saint Jean du Latran, le 11 février 2020,
 mémoire de Notre Dame de Lourdes.

FRANÇOIS

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